2016 | by PROHEALTH consortium | Print Article

Les résultats de 3 études expérimentales conduites par le projet PROHEALTH

Une série d’expériences réalisées dans le cadre du projet PROHEALTH a permis d’explorer une hypothèse depuis longtemps avancée au sujet des conséquences de la sélection génétique mais restée cependant peu étayée par des résultats expérimentaux : la sélection sur des caractères de production (croissance rapide, efficacité alimentaire) aurait pénalisé la robustesse des porcs, c’est-à-dire leur capacité à rester en bonne santé et à maintenir leurs performances dans des environnements non optimaux. L’hypothèse avancée est que la sélection sur des critères de production aurait modi é le métabolisme des animaux de telle façon que les nutriments seraient principalement utilisés pour les fonctions de production (croissance et dépôt de protéines) au détriment des fonctions non productives comme les réponses de stress et de défense.

Etudier les effets de la selection sur l’efficacité alimentaire

Ces expériences ont comparé deux lignées de porcs sélectionnées sur la consommation moyenne journalière résiduelle (CMJR), une mesure de l’efficacité alimentaire. La CMJR correspond à la différence entre la consommation alimentaire observée et celle prédite par les besoins pour la croissance. Les porcs de la lignée à CMJR élevée consomment plus que prédit et sont donc moins efficaces que les porcs de la lignée à CMJR réduite. Ces deux lignées constituent un modèle expérimental intéressant pour étudier les conséquences d’une sélection génétique sur la physiologie et la santé des porcs.

Trois essais ont été réalisés en conditions expérimentales pour évaluer la susceptibilité des lignées CMJR élevée et CMJR réduite : 1) au stress du sevrage, et plus spécialement sur les troubles digestifs comme les diarrhées de post-sevrage ; 2) à développer des troubles locomoteurs tels que les boiteries et l’ostéochondrose quand les porcs sont élevés sur sol bétonné 3) aux maladies inflammatoires et respiratoires comme la pneumonie lorsque les porcs sont élevés dans de mauvaises conditions d’hygiène du logement. Les mesures effectuées sur les animaux ont porté sur la mesure individuelle de la croissance et de la consommation alimentaire, le com- portement, la santé, des paramètres sanguins, l’évaluation des organes et carcasses à l’abattoir ainsi que la qua- lité de la viande.

Essai 1: La santé du porcelet suite au stress du sevrage

En élevage, les porcelets sont habituellement séparés jeunes de la truie (3 à 4 semaines d’âge). Ce sevrage précoce est une période stressante et critique de l’élevage de porc en raison de l’immaturité du porcelet et du stress causé par le sevrage (séparation de la mère, nouvel aliment et nouvel environnement). Les antibiotiques sont encore largement utilisés à ce stade d’élevage pour tenter de contrôler les problèmes digestifs. La génétique de l’animal est aussi certainement un facteur d’influence de sa santé bien que peu documenté. Des porcelets des 2 lignées divergentes sur la CMJR ont été sevrés à 28 jours puis logés dans des cases individuelles pour un suivi de leur ingestion, vitesse de croissance, et santé pendant les 5 semaines suivant le sevrage. Les porcelets de la lignée à CMJR réduite sont plus sensibles vis-à-vis du sevrage que ceux de la lignée à CMJR élevée. Ainsi lors de la première semaine après le sevrage, ils mangent et grossissent moins mais ont plus de diarrhées et d’inflammation (Figure 1). Cependant leur capacité de résilience est élevée et les animaux récupèrent sur la deuxième et troisième semaine. A la n de la période de post-sevrage, les animaux des deux lignées ont des performances et des caractéristiques physiologiques similaires.

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Essai 2: Elever des porcs en groupe sur sol bétonné

Les troubles locomoteurs, et en particulier ceux induisant de la boiterie, sont identifiés comme étant une maladie de production d’importance chez le porc en croissance et la truie. Les boiteries ont des causes très diverses, et on compte parmi ces causes l’ostéochondrose qui est une maladie à forte prévalence pour toutes les races communes de porc. L’ostéochondrose se caractérise initialement par un défaut localisé de la circulation sanguine dans l’extrémité des os long, qui empêche les processus d’ossification sous le cartilage et qui peut conduire à des fissures à la surface des cartilages articulaires (Figure 2). Cependant, la proportion de boiteries qui peut être due à l’ostéochondrose est di cile à évaluer et est encore peu connue. Des porcs des lignées à forte et faible CMJR ont été logés sur un sol en béton plein dans une salle équipée d’un trieur, doublé d’un système de pesée automatisé, permettant aux porcs d’accéder à un distributeur automatique d’aliment. Pendant la phase de croissance-finition des porcs, l’activité comportementale, les scores de boiterie, les gains moyens quotidiens ainsi la sévérité de lésions d’ostéochondrose ont été mesurés. Cette étude a confirmé une forte prévalence des lésions d’ostéochondrose pendant la période de croissance (55 à 90% des porcs selon l’articulation considérée). La présence de lésions était plus fréquente chez les porcs à faible CMJR, sans corrélation avec les scores de boiteries qui sont restés faibles pour les porcs des deux lignées.

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Essai 3: Influence des conditions d’hygiène du logement au cours de la phase de croissance

Une mauvaise hygiène ainsi que le non-respect des règles de biosécurité sont des facteurs de risque pour la santé des porcs. Des porcs des deux lignées CMJR élevée et CMJR réduite ont été élevés dans deux conditions d’hygiène de logement (propres vs. sales) pendant 6 semaines en début de période d’engraissement (voir Le Floc’h et al., 2014 pour une description du modèle expérimental). La prévalence des lésions respiratoires à l’abattoir, incluant l’inflammation des poumons (pneumonie) et de la plèvre (pleurésie) sont plus importantes chez les porcs élevés en conditions sales. La vitesse de croissance des porcs en conditions sales est d’environ 20% inférieure et cette différence est plus importante chez les CMJR élevée que chez les CMJR réduite (26 vs 12%). Les conditions sales induisent une réponse inflammatoire systémique (Figure 3) et du stress oxydant, et ces réponses sont plus élevées chez les porcs de la lignée à CMJR élevée, ce qui est l’inverse de l’hypothèse initiale. La qualité de la viande évaluée à l’abattage (sept semaines après que les porcs aient été transférés en environnement propre) est très peu modifiée par les conditions de logement en début de période de croissance, mais les porcs précédemment élevés dans des conditions de logement sale sont restés plus légers (5.5 et 13.4 kg de différence entre conditions propres et sales pour respectivement les CMJR réduite et élevée).

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Conclusions

Bien que les réponses des porcelets diffèrent entre les deux lignées dans la semaine qui suit le sevrage, aucune différence n’est observable à la n de la période de post-sevrage. Les porcelets de la lignée CMJR réduite sont transitoirement plus affectés par la sous nutrition induite par le stress du sevrage, mais cet e et peut être contrecarré par une stratégie nutritionnelle adaptée. Des mauvaises conditions d’hygiène du logement pendant la période de croissance affecte la santé et le poids des porcs au stade d’abattage. Les porcs de la lignée CMJR élevée sont clairement plus affectés que les porcs de la lignée la plus e cace. Ces essais montrent que la sélection des porcs sur une faible CMJR (plus efficace) n’a pas eu d’impact négatif sur la robustesse, la santé et leur capacité  à faire face à différents stress dès la de la période de sevrage.

Source: Le Floc’ h, N., Gidenne, T., Montagne, L., Merlot, E., Zemb, O. (2014). Impact of feed restriction on health, digestion and faecal microbiota of growing pigs housed in good or poor hygiene conditions. Animal, 8(10), 1–11. http://doi.org/10.1017/S1751731114001608 

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